Posté le février 27, 2008 dans Français | Commentaires fermés

Promenade et histoire

Le prieuré de Marcevol se trouve à 560 mètres d’altitude sur un plateau dominant la vallée de la Têt. Le paysage est splendide : au nord, le Roc del Maure (775 m), à l’ouest le Pic de Bau (1025 m), au sud, le sommet mythique des Catalans : le pic du Canigou (2785 m). À quelques pas du prieuré, la chapelle de Nostra Senyora de les Grades, du XIe siècle, domine le petit hameau.
Des vestiges tels un dolmen et un oppidum témoignent d’une occupation humaine dès le néolithique (4 000 ans avant Jésus Christ). Des traces de cultures en terrasses, de chemins pastoraux, le chêne vert, le maquis, la vigne marquent le territoire de la commune d’Arboussols à laquelle le hameau de Marcevol est rattaché depuis 1822.
Le prieuréPrieuré : généralement, petit monastère dépendant d’une abbaye et dirigé par un prieur. Le prieuré de Marcevol dépendait de Sainte-Anne de Barcelone. a été bâti au 12e siècle par les chanoinesChanoine régulier: prêtre ayant à la fois une vie cloîtrée dans un monastère et une charge pastorale de fidèles. Du Saint-Sépulcre
. En 1129, l’évêque d’Elne a fait donation de la petite église de Nostra Senyora de las Gradas ainsi que des dépendances alentour, à leur ordre.

Ce sont des chanoines réguliers suivant la RègleRègle : code de vie des moines, qu’ils doivent respecter en tout.
Les bénédictins suivent la Règle de Saint Benoît, les chanoines réguliers celle de Saint Augustin.
de saint Augustin.
L’ordre du Saint-Sépulcre a été fondé en 1099, après la conquête de Jérusalem par les croisés afin de veiller sur le tombeau du Christ ; il s’étendit rapidement en Europe, où il reçut biens et donations. Marcevol a été un de ses établissements de 1129 à 1484, année où l’ordre fut dissous par le pape.

En 1484, l’édifice passe sous l’égide des prêtres, groupés en communauté, qui desservent la paroisse de Vinçà. À cette époque, un retable consacré à la Vierge est installé dans l’abside. Cette communauté va également s’attacher à l’organisation des pardonsPardon : pèlerinage. à la Vierge. Une vieille tradition associe à un miracle la mère d’un pape, en marche vers Compostelle, qui serait ensevelie dans l’église paroissiale. Marcevol devient alors un lieu attirant des centaines de pèlerins dans l’espoir d’obtenir des grâces ou des indulgences. Ce pardon est le plus célèbre du Conflent et chaque 3 mai, on célèbre toujours une messe à Marcevol.
À la Révolution, le prieuré est vendu comme Bien national. Il devient le centre d’une grande exploitation agricole. Les bâtiments vont souffrir d’un manque d’entretien. Dans les années 1970, pour sauver le prieuré des ruines, des chantiers bénévoles s’organisent en Association du Monastir de Marcevol et font du prieuré un lieu d’accueil ouvert aux grandes tendances spirituelles, artistiques et thérapeutiques de la société. En 2001, l’association devient Fondation du Prieuré de Marcevol, reconnue d’utilité publique et poursuit sa vocation d’accueil du public, d’hébergements pour groupes, séjours scolaires et manifestations culturelles.

Architecture

La façade regarde vers l’ouest. Elle est typique de l’art roman du XIIe siècle : constituée de pierres granitiques parfaitement taillées et assemblées, elle joue de son caractère lisse qui met en valeur les matériaux différents qui la composent.

Le portail est en marbre rose de la carrière de Villefranche-de-Conflent. Deux autres teintes de marbre ont été
utilisées pour le linteauLinteau :
pièce de bois ou de pierre qui forme la partie
supérieure d’une baie (porte ou fenêtre).
et le tympan. Tympan :
espace en forme de demi-cercle situé entre
le linteau et l’archivolte d’un portail..
Il est composé d’une archivolteArchivolte :
ensemble des arcs concentriques qui franchissent une baie.
, divisée en plusieurs voussuresVoussure :
un des arcs composant l’archivolte.
, soulignée d’un bande de dents d’engrenageDent d’engrenage :
motif décoratif formé d’une rangée de pierres posées à 45° du parement,
formant une succession d’arêtes et de redans.
. Au centre, s’ouvre la porte, dont le linteau et le tympan sont fendus. Les deux vantaux sont largement décorés de penturesPenture :
pièce de fer servant à assembler ou renforcer
les éléments d’un vantail ou d’un volet en bois.
typiques de l’art du fer catalan. Avec leurs spirales disposées de façon symétrique, rapportées et clouées dans le bois, elles renforcent et décorent la porte.

La fenêtre, elle aussi en marbre rose, reprend en petit la composition du portail. La beauté de la façade tient à l’inclusion parfaite des deux ouvrages en marbre dans le mur de pierres qu’on dirait dorées.
Sur le mur, deux plaques de marbre rose, avec des inscriptions. Ce sont les tombes de deux prieurs de la communauté, morts au XIIe siècle.

Le clocher-mur est décalé vers la droite, témoignant sans doute d’une reconstruction après le tremblement de terre de 1428.
À droite de l’église, la porte d’entrée actuelle du Prieuré est incrustée dans un mur de plusieurs types d’appareillage : en arêtes de poissonArête de poisson (appareil en) :
manière de disposer des pierres plates
ou des galets par rangées obliques
de sens alternés ; dit aussi
appareil en épi.
, régulier, parfois anarchique. Des meurtrières et une bretècheBretèche :
petite fortification en encorbellement pour défendre une porte,
ou un point particulier d’un édifice
. témoignent de la vocation défensive de ce rempart édifié vraisemblablement au XIVe siècle, à la demande du roi d’Aragon.

Le cloîtreCloître :
lieu clos situé au centre d’un monastère,
et distribuant généralement les bâtiments (église, réfectoire, dortoir, etc) ;
se compose d’un jardin entouré de galeries.
: à l’intérieur, les corbeauxCorbeau :
pierre placée en saillie sur un parement
de maçonnerie pour supporter quelque chose.
présents sur le mur sud de l’église et les fondations d’un mur-bahutMur-bahut:
mur bas destiné à porter les arcades d’un cloître.
témoignent de l’existence d’un cloître dont rien ne subsiste.
Toutefois, sa présence est attestée au XVe siècle, lorsque les habitants d’Arboussols viennent prêter serment au nouveau prieur de la communauté.

L’église romane est bâtie entre 1129 et 1160. Jusqu’au début du XIe siècle, les églises étaient le plus souvent charpentées.
Après l’an mil, on couvre systématiquement la nef des églises avec une voûte en pierre, qui devient une des caractéristiques de l’architecture romane.
Sainte-Marie de Marcevol est constituée de trois vaisseaux. Le vaisseau central, coiffé d’une voûte à plein cintre s’ouvre à l’est sur l’abside. Le vaisseau latéral sud, moins haut, forme une voûte en quart de cercle s’appuyant sur la nef. Celui du nord présente une architecture différente, sans doute reconstruit après le tremblement de terre de 1428.
Une vaste décoration murale composée de peintures couvrait toute l’architecture. L’absidiole sud en a conservé une trace, représentant le Christ Pantocrator (du grec pantos : « tout », et crator « créateur »).
La scène comprend le Christ entouré d’anges, assis en majesté,dans une mandorleMandorle:
forme en amande (quelquefois en losange)
dans laquelle prend traditionnellement place
la figure divine dans l’art chrétien.
. Il bénit de la main droite, dans sa main gauche, il tient les saintes Ecritures. De part et d’autre, figurent deux lettres de l’alphabet grec: l’alpha et l’oméga renvoyant à un texte de l’Apocalypse : «Je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout — Puissant».

la restauration du prieuré

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Le miracle de la farine

La légende veut que la mère du successeur immédiat de saint Pierre au siège de la papauté ait été enterrée à Marcevol.
Voici l’histoire :
La vieille femme, en allant à Saint-Jacques de Compostelle, monte à Marcevol. Elle s’arrête, fatiguée, dans la montée, alors que l’orage menace. Un homme de Marcevol remonte de Vinça avec une bourrique portant un sac de farine qu’il vient de moudre au moulin. Il pose le sac et fait monter la vieille dame. La nuit tombe, le tonnerre gronde, l’orage éclate. La vieille lui dit de ne pas s inquiéter pour son sac.
La farine était effectivement sèche quand le paysan courut la chercher le lendemain, mais, lorsqu’il revint, la vieille dame était morte. Après des funérailles solennelles, son corps fut déposé sous l’autel de Notre-Dame-de-las-Gradas.